Boire l’eau du riz pendant la grossesse : ce que vous devez savoir

Première nausée du matin, estomac retourné, rien ne passe. On cherche un truc simple, et l’eau de cuisson du riz revient souvent dans les conseils de grand-mère. Sauf que pendant la grossesse, la question ne se limite pas au confort digestif : elle touche aussi à ce que cette eau transporte avec elle, notamment de l’arsenic.

Eau de riz et nausées de grossesse : ce que l’amidon fait vraiment

Quand on fait cuire du riz dans un grand volume d’eau, une partie de l’amidon se libère dans le liquide. C’est cet amidon qui donne à l’eau sa texture légèrement épaisse et laiteuse.

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Sur le plan digestif, cette eau amidonnée peut tapisser la muqueuse gastrique et calmer temporairement les remontées acides. C’est le même principe que celui du riz blanc consommé en cas de diarrhée : l’amidon ralentit le transit et absorbe une partie de l’excès d’eau dans l’intestin.

Pour les nausées du premier trimestre, certaines femmes rapportent un soulagement en buvant quelques gorgées d’eau de riz tiède à jeun. Les retours varient sur ce point : l’effet semble dépendre de l’intensité des nausées, du type de riz utilisé et de la quantité d’eau consommée.

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Ce qui est sûr, c’est que l’eau de riz n’est pas un traitement anti-nausée validé. Elle ne remplace ni un suivi médical ni les recommandations de la sage-femme. C’est une astuce de confort, pas une solution médicale.

Bol de riz trempé et pichet d'eau de riz sur un comptoir en bois rustique

Arsenic dans l’eau de cuisson du riz : le vrai sujet pendant la grossesse

Le riz est une céréale qui accumule l’arsenic inorganique présent dans les sols et l’eau d’irrigation. Ce n’est pas une question de marque ou de qualité : c’est lié au mode de culture en rizière inondée, qui favorise la solubilisation de l’arsenic.

Quand on fait cuire du riz dans un excès d’eau puis qu’on jette cette eau, on élimine une partie significative de l’arsenic. Des études relayées par Passeport Santé confirment que rincer le riz avant cuisson et cuire dans un grand volume d’eau réduit la teneur en arsenic du grain.

Le problème : boire cette eau revient à consommer ce qu’on aurait dû jeter

L’eau de cuisson concentre justement les résidus que le rinçage et la cuisson par excès d’eau sont censés éliminer. Boire l’eau du riz annule le bénéfice du rinçage sur le plan de l’exposition à l’arsenic.

Pendant la grossesse, cette exposition pose un problème spécifique. L’arsenic inorganique traverse la barrière placentaire. L’enjeu sanitaire porte surtout sur l’accumulation dans le temps, même lorsque les limites réglementaires ne sont pas dépassées dans un test donné.

Concrètement, une consommation occasionnelle d’eau de riz ne présente pas un danger aigu. Le risque augmente avec la fréquence et la régularité de la prise, surtout chez les femmes qui consomment déjà du riz quotidiennement comme féculent principal.

Eau de riz fermentée enceinte : un risque supplémentaire à connaître

Certains sites recommandent de laisser fermenter l’eau de riz avant de la boire, pour des raisons cosmétiques ou digestives. Or, une eau de riz fermentée plus de 48 heures accumule davantage de résidus d’arsenic qu’une simple eau de cuisson fraîche.

En plus de l’arsenic, la fermentation non contrôlée à température ambiante favorise la prolifération bactérienne. La sécurité microbiologique est un critère prioritaire pendant la grossesse, au même titre que pour les fromages au lait cru ou les charcuteries.

  • L’eau de riz fraîche (consommée dans l’heure) présente un niveau de risque modéré, principalement lié à l’arsenic.
  • L’eau de riz fermentée entre 24 et 48 heures ajoute un risque bactérien au risque chimique.
  • Au-delà de 48 heures de fermentation, la concentration en résidus d’arsenic augmente encore.

Si l’objectif est d’utiliser l’eau de riz pour les cheveux ou la peau, mieux vaut réserver cet usage à l’application externe.

Hydratation pendant la grossesse : pourquoi l’eau de riz ne remplace pas l’eau

L’eau de riz contient de l’amidon, quelques vitamines du groupe B en quantité très faible, et des traces de minéraux. Son profil nutritionnel ne justifie pas de la considérer comme une boisson d’hydratation.

Les besoins en eau augmentent pendant la grossesse pour maintenir le volume de liquide amniotique, soutenir le volume sanguin accru et prévenir les infections urinaires. L’eau plate reste la référence. Les eaux faiblement minéralisées sont généralement recommandées par les professionnels de santé pour cette période.

L’eau de riz ne coche aucune de ces cases. Elle n’apporte pas de minéraux en quantité pertinente, elle n’est pas contrôlée en termes de contamination, et elle ne remplace pas un apport hydrique régulier tout au long de la journée.

Ce qui fonctionne mieux contre les nausées

Plutôt que l’eau de riz, plusieurs alternatives offrent un confort digestif sans exposer à l’arsenic :

  • Fractionner les repas en cinq ou six petites prises au lieu de trois repas copieux.
  • Manger un aliment sec (biscotte, cracker) avant de se lever le matin.
  • Boire de l’eau plate à température ambiante par petites gorgées entre les repas, pas pendant.
  • Consommer du riz blanc bien rincé et cuit dans un excès d’eau (que l’on jette), comme féculent facile à digérer.

Femme enceinte préparant de l'eau de riz dans une cuisine moderne avec de la vapeur

Riz et alimentation enceinte : comment limiter l’exposition à l’arsenic

On ne demande pas aux femmes enceintes d’arrêter le riz. Les sages-femmes et les nutritionnistes rappellent que le riz reste un féculent autorisé pendant la grossesse, à condition de prendre quelques précautions simples à la cuisson.

Rincer le riz sous l’eau froide jusqu’à ce que l’eau soit claire réduit la teneur en arsenic de surface. Cuire ensuite dans un volume d’eau largement supérieur (environ six parts d’eau pour une part de riz), puis égoutter, permet d’évacuer une bonne partie de l’arsenic dissous.

Varier les féculents reste la meilleure stratégie : alterner riz, pâtes, pommes de terre, quinoa et légumineuses limite mécaniquement l’exposition cumulative à l’arsenic. C’est d’autant plus pertinent pour les femmes dont l’alimentation repose beaucoup sur le riz blanc.

L’eau de cuisson, elle, part à l’évier. Boire l’eau du riz pendant la grossesse n’apporte pas de bénéfice nutritionnel qui justifie le risque, même faible, d’une exposition supplémentaire à l’arsenic inorganique. Le confort digestif qu’elle procure peut être obtenu autrement, sans ce compromis.

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